La voie trouvée

                                            Emporté dans le vent, à travers monts et merveilles, Doty a beau être dans la précarité, rêvait dans une mesure. Menant une existence émaillée de privations, de frustration, des lendemains incertains et d’exclusion latente,il avait durablement été porté disparu.Il réapparaissait à la grande surprise de sa communauté et annonçait qu’il était inspiré de spiritualité lui apportant du réconfort moral.Le revenant cumulant des connaissances et d’expériences au cours de son aventure, prônait ensuite l’épanouissement individuel qui résulterait des informations qu’il débitait dans son entourage.A la différence des personnes sensibles à ses annonces, d’autres plus nombreuses faisaient de la résistance. L’harmonie sociale en proie aux tiraillements,Doty réalisa qu’il ne serait pas un prophète chez lui. A peine rentré au bercail, incompris, il s’inclinait à repartir loin de sa terre d’origine. Afin d’épargner davantage de trouble à la société, le revenant s’en alla, suivi de centaines d’hommes et de femmes qui prirent le chemin d’exil.
Au bout d’un épuisant voyage pendant des jours et des nuits, les compagnons de route ont occupé un espace étendu inhabité. Ils y ont trouvé un environnement hospitalier où l’imminente saison favorable aux cultures leur a offert l’opportunité d’envisager l’avenir. Livrés aux travaux champêtres pendant quelques mois, les migrants ont engrangé d’abondantes récoltes. Celles-ci apparues excédentaires par rapport à leur consommation annuelle, ont été en partie troquées contre des biens avec les populations avoisinantes pour satisfaire différents besoins.Dans la foulée, Doty et ses compagnons ont instauré le marché hebdomadaire qui a lieu le jeudi, à la périphérie de l’agglomération naissante. A l’image de leur contrée de départ, les jours consacrés aux prestations culturelles, l’appellation des quartiers et les noms de famille sont restés inchangés.
Deux sites,chacun dans un environnement particulier, s’offrent aux migrants.Un grand fleuve résulte de deux rivières qui se rencontrent quelque part, en font une importante coulée de Soudanie. Les cours d’eau servent séparément de cordon ombilical reliant des communautés diverses le long des rives.Un barrage surplombant l’un ,alimente les populations riveraines en eau potable,fournit de l’électricité et sert à irriguer de vastes espaces destinés à l’exploitation agricole.Le second dépourvu d’une telle infrastructure, est l’objet d’ensablement de son lit, à cause du changement climatique et de la désertification.
Ici ou là,naît une société.Des individus affluant de multiples horizons sont réunis pour mener un train de vie inhabituel sur un site qui éveille l’espérance d’avoir une vie meilleure. Les arrivants esquissent une agglomération en rupture avec le carcan des traditions.Leurs activités génératrices de revenus,gravitent autour de l’existence du barrage hydro-électrique d’un coté et de l’implantation de campement sur le lieu du désensablement du fleuve à but lucratif de l’autre.
Adameta et ses parents vivaient en brousse; ils étaient à la recherche de pâturage pour nourrir leurs bœufs, moutons et chèvres. La famille et le troupeau campaient dans des endroits différents, au gré des saisons, à proximité de points d’eau, à mi-parcours de sites où les jours de marché occasionnaient les rencontres, le troc et autres échanges. Adolescente, Adameta a été mariée , comme il était de coutume, à un homme cumulant davantage d’expériences et ayant pignon sur rue. Son train de vie nomade s’est estompé, alternativement à celui du domicile fixe qui lui a été consacré au village. Un enfant né de ce mariage eut quinze ans, quand sa mère sous d’accablantes pressions s’en sépara dans l’amertume, abandonnant son domicile conjugal. Cette femme, un baluchon sur la tête, des mets dans une musette, et une gourde d’eau à la main, partait vers une destination qu’elle ne s’imaginait pas de sitôt. Arrivant dans un hameau, la fille d’il y a deux décennies devenue adulte,était retrouvée par certains habitants qui lui offraient l’hospitalité. En escale dans une localité, Adameta faisait des coiffures aux femmes qu’elle rendait séduisantes à cet effet, et percevait des subsides en guise de récompense. Au travers d’un chapelet de villages sur son parcours,la migrante atteignit ce qui serait son point de chute au sein d’une famille accueillante dans l’ultime agglomération. Considérée une des leurs par ses hôtes, la nouvelle venue allait tous les après-midi en compagnie de quelques femmes à la périphérie du village pour se baigner. Une rivière se déversant de hauteurs montagneuses, coulait jusqu’à une lointaine vallée giboyeuse tapissée de végétation variée et multicolore.
Comme à la foire, la rive du cours d’eau offrait un cadre de retrouvailles, de communication des nouvelles de la contrée, et de faire la connaissance de personnes inconnues. A plusieurs reprises, Adameta était frappée par une silhouette juvénile venant faire la lessive , la vaisselle et se laver dans la rivière. Elle s’en approchait progressivement, se chargeait de la laver proprement, faire la vaisselle et la lessive de la gamine afin qu’elle retournât tôt chez ses parents.Ces derniers constatant que leur enfant revenait rapidement à la maison, l’ont interrogée pour savoir ce qu’en était la raison. La gamine relata avec véhémence qu’elle avait trouvé une amie, une femme attirante qui lui rendait service chaque fois que les deux se rencontraient au bord de la rivière.Son oncle lui proposa de l’inviter dans la famille. Ce qui fut fait le lendemain. La visiteuse reçue avec beaucoup d’amabilité par les proches de sa petite amie, apprit que celle-ci appelée Dijo, était en fait la fille aînée de la personne à laquelle elle était le plus attachée au domicile de ses hôtes. La mère de Dijo était l’épouse du grand frère du tuteur de la gamine.
Chef de file des nouveaux arrivants en ces lieux, Doty assume les responsabilités qui reposaient de facto sur ses épaules.Son rôle dans l’entendement collectif ne cadre pas pour autant avec le statut du célibat qu’il endurait parmi les siens.Son visage s’illuminait néanmoins de joie quand paraît Adameta dans son angle de vision parmi les personnes assemblées occasionnellement en des endroits de la bourgade.La nouvelle venue dans la cité naissante ayant de la prestance, était séduisante et manquait de conjoint.Le milieu qui l’a accueillie, demeure allergique à sa position de femme seule. Doty qui n’a d’yeux que pour elle, a le sentiment d’avoir trouvé l’épouse idéale future. L’envie d’un côté et de l’autre de se rencontrer opportunément,entraîne les protagonistes à se retrouver dans des circonstances apparemment fortuites.L’amour né entre les célibataires endurcis, n’était plus un sujet tabou dans les conversations publiques.
Chaque fois que l’occasion lui était favorable, Doty convolait à de nouvelles noces où il séjournait quelque temps. L’époux abandonnant plus tard le domicile conjugal, y laissait des enfants et leur mère. Figure de proue dans la communauté naissante qui l’abrite, Doty renoue avec son passé; plusieurs conjointes présumées, dont des jumelles, dans ses endroits de passage, sortent du bois, accompagnées de leurs descendants respectifs. Doty se retrouve entouré de sa progéniture et de nombreuses femmes qui revendiquent toute-leur-place auprès de lui. Celles-là devront compter avec Adameta pour entretenir la famille désormais assemblée; leur nouvelle co-épouse trouvée sur les lieux se draperait d’habits de première dame locale, et disposerait d’une fondation qui œuvrerait en faveur des couches vulnérables.
En Soudanie, l’homme et la femme participent à la vie de la communauté en jouant des rôles respectifs qui leur sont dévolus.Constituant deux piliers du foyer conjugal, ils reposent sur des statuts socio-économiques complémentaires.Néanmoins, le premier est supposé jouir d’atouts d’endurance par rapport à la seconde qui serait sous sa protection.La femme logée à l’enseigne des merveilles, serait un chef-d’œuvre naturel dont les qualités outrepasseraient sa seule apparence. Ses disponibilités physiques amènent son présumé protecteur à l’accompagner pour procréer.L’enfant manquant qui naîtrait de ses entrailles,transparaîtrait comme une insuffisance du couple existant.Baignant dans leur culture, les Soudanites banaliseraient les retombées psycho-sociales de stigmatisation de la femme.Ils légitimeraient l’adoption d’un rejeton biologique de tierce personne ou du palliatif médical par la femme qui ressentirait une infirmité supposée dans sa chair. Dijo vibrait en Adameta ,telle sa fille sortie de ses entrailles qu’elle fut contrainte d’abandonner une décennie plutôt,à plusieurs milliers de lieues d’ici. Elle aura mérité une place de choix dans les cœurs des habitants de la contrée,pour avoir innocemment contribué au rapprochement d’individus qui s’ignoraient auparavant et à la mise en place d’une cellule familiale.De surcroît, la mère biologique de la gamine était ressentie en la première dame de la localité, comme résultant naturellement du dédoublement physique de sa personne même.Adameta était convaincue d’être dans l’accomplissement de sa plénitude humaine en se réappropriant les chaînons manquants de ce qui ferait son bonheur.